In the mood for love

PBA0462002Dans son dernier livre (en forme de dialogue avec Nicolas Truong), le philosophe Alain Badiou, qui faisait un tour par la Librairie Kléber, mercredi 6 janvier, réfléchit sur la place de l’amour – une thématique présente, en filigrane, dans toute son œuvre – au sein de nos sociétés contemporaines. Pour lui, il est impératif de le réinventer. Je t’aime. Moi non plus. Un joli thème.

 En ce début de millénaire, affirme Alain Badiou, on veut un « amour sans risque amoureux, on a envie d’entrer dans l’intensité de l’amour à moindre frais ». Et de faire le parallèle avec la « guerre “zéro mort” rêvée par les Américains ». Pour lui, il s’agit d’une approche confortable et sécuritaire de l’amour. En cochant des cases sur un site Internet, on segmente au maximum sa recherche, tentant de réduire la part d’incertitude inhérente à toute rencontre : je veux une fille, entre 28 et 32 ans, brune, cheveux longs, yeux bleus, aimant porter des bottes à hauts talons, passionnée par l’expressionnisme abstrait, avec un grain de beauté sur la fesse gauche… Si conforme à la description, envoyer un mail à la rédaction. Voilà comment l’amour, insidieusement, « se plie à la logique de la consommation » et se retrouve représentatif d’une société où « la souffrance est devenue inadmissible. Nous sommes à l’ère de la compagnie d’assurances. Le principe de précaution est poussé à son paroxysme » tonne le philosophe devenu star avec De quoi Sarkozy est-il le nom ? publié en 2007.

Face à cette standardisation du sentiment amoureux (et du discours qui l’entoure, le plus souvent écartelé entre un pseudo libertinage et des récurrences fleur bleue), il est impératif, pour Alain Badiou, de « réinventer l’amour pour permettre à l’homme contemporain d’assumer le risque de l’infinité de l’autre ». Est-ce vraiment possible dans une société où la Liberté – la vraie, « celle dont on ne connaît pas les conséquences » – n’est que très théorique ? Alain Badiou en fait le pari dans ce petit livre qui ressemble parfois à un intéressant manuel de lutte contre le conformisme ambiant. Et puis, comme l’affirme le philosophe : « Qui ne débute pas par l’amour ne saura jamais ce qu’est la philosophie ». Ça vaut donc le coup d’essayer…

Eloge_de_l_amour

Texte : Hervé Lévy / Photo : Pascal Bastien

Éloge de l'amour est publié chez Flammarion dans la collection Café Voltaire (14 €)