Book’s not dead

Avec Exit le fantôme, Philip Roth signe un roman en forme de réflexion des plus emballantes sur la littérature en compagnie, à nouveau, de son personnage fétiche, Nathan Zuckerman.

Exit_le_fant_meNathan Zuckerman héros récurrent et (double putatif) de Philip Roth est de retour. Retiré dans un coin perdu des Berkshires (Massachusetts) depuis onze ans, voilà de nouveau le septuagénaire à NYC pour y subir une opération chirurgicale bénigne suite à un cancer de la prostate… histoire de régler un problème de fuites urinaires. À peine le pied posé sur le trottoir de Big Apple, il est happé par le passé, apercevant un fantôme de sa “vie d’avant”, Amy Bellette, vieille chose triste, mal fagotée et malade qui fut une jeune fille flamboyante… et la muse de E. I. Lonoff, mentor de Zuckerman, désormais tombé dans l’oubli, dans lequel certains ont reconnu Bernard Malamud (1914-1986). Il n’ira pas lui parler. Du moins pour l’instant. Lisant ensuite une petite annonce – celle d’un couple d’écrivains souhaitant échanger leur appartement contre une maison à la campagne – il décide de rester en ville. Il les rencontre, désireux de faire l’échange. Tombe sous le charme de Jamie… qui lui met Richard Kliman dans les pattes : un raseur insupportable, sorte de Rastignac du monde littéraire qui veut composer une biographie de Lonoff, y révélant LE secret de son existence. Mais comme l’écrit Philip Roth : « Dès que l'on entre dans les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du journalisme, l'essence de l'œuvre d'art disparaît. »

Un beau jour de l’automne 2004, le soir de la réélection de George W. Bush, Nathan Zuckerman, vieux, incontinent et impuissant mais écrivain  reconnu, se retrouve projeté avec force dans le monde qu’il avait tout fait pour fuir (Ah, la magie de New York), affrontant ce qu’il avait décidé de laisser derrière lui à tout jamais, les autres, leurs envies, leurs passions… et la sienne pour Jamie. Impossible, forcément. Il la métamorphosera en étonnant dialogue entre “Elle” et “Lui”, un théâtre cruel et piquant, plein d’ironie et de distance. Plus qu’une variation sur les USA de Bush (arrière-plan décrit avec maestria) ou sur la maladie et la vieillesse, Philip Roth livre une nouvelle réflexion acerbe sur la littérature à l’ère où des auteurs de huitième zone sont révérés dans les universités américaines alors que des écrivains comme Hemingway ou Faulkner sont jugés indignes de cet hommage. Ravages du politiquement correct également constatables en France avec le Prix Goncourt attribué à Marie N’Diaye. Le “combat” de Nathan Zuckerman contre Richard Kliman et sa biographiée putassière s’interprète à cette aune… Mais la littérature est-elle encore vivante ? N’est-ce pas elle qui erre dans les rue, incontinente et impuissante comme le fantôme du titre.

Hervé Lévy

Exit le fantôme est publié chez Gallimard  (21 €)